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La dépêche de Tahiti

DÉVELOPPEMENT DURABLE - Rencontre à l’Institut océanographique dans la droite ligne du Grenelle de la mer
June 10, 2009

mer150.jpgMardi matin, Yves Jégo et le prince Albert II de Monaco ont ouvert la “Journée mer et outre-mer” ; une rencontre autour d’une variété de sujets touchant à la biodiversité, aux ressources de vie, aux énergies et au désenclavement des territoires ultramarins. Teva Rohfritsch, ministre polynésien des Ressources maritimes et Robert Wan, producteur de perles, figuraient parmi les intervenants. Pourquoi ce colloque ? “La mer de l’outre-mer est une chance unique pour la France. Elle représente 97 % du domaine maritime français, et fait de la France, la deuxième puissance maritime du monde”, explique le secrétaire d'Etat qui a inscrit la manifestation dans la droite ligne du Grenelle de la mer.

En trois points

  • Un colloque dans la lignée du Grenelle de la mer pour promouvoir les ressources maritimes de l’outre-mer français.
  • Teva Rohfritsch veut lancer trois projets énergétiques innovants en Polynésie.
  • Il espère un appui de l’État, les études coûtant cher.

Organisée en quatre tables rondes successives, la rencontre a accueilli des spécialistes des océans ou de grands témoins, comme Maud Fontenoy ou Michel Rocard, ambassadeur des pôles, Jacques Rougerie ou encore Bernard Salvat. Tour à tour, pour parler biodiversité, on a entendu Jérôme Bignon, député, mais aussi président du conservatoire du littoral et des aires marines protégées, Catherine Gabrié, spécialiste du milieu marin tropical, et Serge Orru, président de WWF France. Tout de suite, la Polynésie a été évoquée avec les interventions de Jean-Michel Cousteau, qui constate la dégradation des coraux de Moorea et de Bora Bora (entre autres îles) et l’invasion de l’acanthaster. Pour sa part, Robert Wan s’est attaché à démontrer qu’une activité lagonaire, comme la perliculture, gérée dans le respect du milieu, est tout à fait viable, et permet en outre un développement économique local pérenne.

Et tandis que l’on fustigeait les vilains Mexicains, qui pillent la zone de pêche de Clipperton, Michel Paoletti, conseiller économique et social, a remis les pendules à l’heure en indiquant qu’il y avait eu des accords de pêche signés avec le Mexique. Quant à l’énergie technique des mers, la Réunion se lance dans diverses techniques de pointe.

Trois projets pour la Polynésie

mer250.jpgLa Polynésie française ne veut pas être en reste et, dans son intervention, fort applaudie, Teva Rohfritsch a rappelé que le pays, qui a contribué aussi au développement du nucléaire civil via les travaux du CEP, “a gardé le goût des défis, des projets technologiques”. C’est pourquoi il veut lancer trois projets. D’abord, en matière d’énergie hydrolienne ou thermique de la mer, afin d’abaisser au plus vite la facture pétrolière. Et de fustiger l’audience en faisant remarquer que, si le président Obama a décidé de lancer son pays dans la recherche et les applications dans ce domaine, il ne fallait pas que la France prenne du retard.

Ensuite, le ministre mentionne le captage d’eau marine profonde pour les réseaux d’eau froide utilisables dans les grands hôtels, le nouvel aéroport de Faa’a et aussi dans le nouvel hôpital de Papeete. L’économie réalisable sur l’ensemble du budget énergies de cet établissement pourrait ainsi s’élever à plus de 50 % (sur 1 milliard Fcfp). Enfin, Teva Rohfritsch souhaiterait que l’on étudie l’énergie aéromotrice type “trou du souffleur” voire d’autres projets, dont celui prévu à Papara, utilisant les effets de la houle.

“Il faut une mobilisation, et nous devrions échanger d’avantage sur les projets qui existent ailleurs en outre-mer. Ce que j’attends, c’est aussi un appui de l’État côté études car ce sont les études qui coûtent cher. Nous avons un environnement à préserver, mais à condition de réagir vite pour que la Polynésie française soit à la pointe de la technologie, et pour la France et pour les Polynésiens,” a-t-il conclu.

En concluant cette première rencontre, Yves Jégo a beaucoup insisté sur l’éducation des populations — et notamment des jeunes —, ainsi que sur la nécessité d’échanges d’expériences locales, lesquelles peuvent profiter à d’autres collectivités ultramarines. En tout cas, cette première expérience à l’Institut océanographique semble l’inspirer pour qu’une deuxième édition soit entreprise l’an prochain.

De notre correspondant Ph. Binet