8th BioMarine International Business Convention
1-3 oct 2017, Rimouski Qc, Canada View Location

Feb 22

La Face cachée de l’économie bleue

Alors que le monde entier se convertit rapidement à l’économie bleue dont la totalité des secteurs représente désormais plus de 1000 milliards de $, la France continue de renier cette nouvelle économie qui pèse désormais bien plus que l’industrie automobile. Un très bon article sur le sujet est passé furtivement dans les colonnes d’un grand quotidien mais sans s’attarder. Comment en est-on arrivé là ? A quoi peut-on attribuer ce manque d’intérêt ou ce déni de réalité ?

Le décryptage d’une économie trans-sectorielle :

Le décryptage de cette économie est un peu plus complexe qu’il n’y paraît. Francis VALLAT, le Président des clusters maritimes européens, qui durant les dix dernières années a fait un énorme travail d’éducation expliquait simplement que l’économie maritime touchait et impactait tous les secteurs industriels dans la limite de 200 Km à l’intérieur des terres. Si l’on considère les grands axes fluviaux tels que le Rhin, la seine etc… on peut dès lors considérer que le Luxembourg est un port maritime dont le trafic multimodale (train, fret routier, fluvial) est un des plus important en Europe.

Soyons plus clair et essayons de mettre bout à bout la chaine logistique qui illustre les composantes de cette économie maritime. Prenons l’exemple de votre déménagement.
Depuis votre rencontre avec la délégation Québécoise lors de la dernière convention d’affaires BioMarine à Oslo en 2016, vous avez nourri le projet d’installer votre entreprise de transformation de coproduits en terres Québécoises. Votre projet est maintenant ficelé, grâce aux interventions d’investissement Québec, et au support et au conseil des délégations permanentes. Une fois les démarches administratives accomplies (non le CETA ne facilite pas ces démarches) vous appelez votre déménageur qui arrive et rempli charge un gros container de toutes les choses essentielles que vous trimbalerez avec vous…

Votre container est bouclé, la déclaration de douanes finalisée, le camion se met en route. De chez vous au Port d’Anvers, la « route » semble un incontournable bien que le transit fluvial soit en plein redéploiement et assure un bilan carbone bien meilleur. Là, passage en douane et vérification des bordereaux avant que votre container se retrouve sur un quai de chargement. De là une énorme grue à palan vient happer votre container pour le hisser à plus 40 mètres de hauteur afin de le stocker sur le pont du porte container déjà presque plein. Ce geste presqu’anodin a déjà fait appel à de nombreux intermédiaires, transitaires, manutentionnaires, grutiers. Une foule de gens travaillant pour cette économie.

Juste un petit aparté pour rappeler le rôle des assurances dans le développement de la filaire. Elles contribuent à la sécurisation des échanges dans un contexte international souvent compliqué en fonction de la zone géographique d’échange. Les assurances représentent un chaînon majeur de cette économie maritime.

Pour l’heure, on lève l’ancre et le pilote accompagne le cargo jusqu’au couloir de navigation à la sortie du port. Durant ce bref périple nous aurons croisé des dizaines d’opérateurs, de techniciens, de contrôleurs, d’agent administratifs, qui auront réussi dans le plus grand anonymat à faire que votre container soit bien sur le cargo listé en partance pour le Canada. A la sortie d’ Anvers cap sud / sud-ouest. Nous sommes là dans une des zones de trafic dense, une des plus fréquentée au monde. La surveillance est multiple, radars à terre, centres de contrôles, surveillance aérienne, et même satellitaires. Une liaison constante et permanente qui prend en charge chaque unité afin d’éviter les collisions. La collaboration est univoque et les britanniques participent de façon active au système de contrôle. A la sortie du rail, notre container aura gouté à l’air du large, au vent d’ouest qui fait tourner à plein régimes les parcs éoliens . Combien d’ingénierie, de savoir-faire, de bureau d’études, de conseil environnemental, de jobs qualifiés, et de services associés pour cette filière importante de l’économie maritime ? des milliers, sans compter le développement des énergies basées sur les courants, les marées, l’énergie thermique, ou le gradient de salinité…. Un monde en plein essor et créateur de d’emplois.

A l’heure où je vous parle, notre container entame la grande traversée de l’atlantique nord, direction l’embouchure du Saint Laurent. A 3 miles de notre cargo croise un câblier en pleine opération. Ce n’est pas une mince affaire que de déposer au fond de l’atlantique des câbles de fibre qui serviront à rapprocher les continents. C’est encore une façade inconnue de notre économie maritime. Pour coordonner les opérations de nombreux satellites européens sont là pour fixer le positionnement. Des drones donnent une vision rapprochée aérienne tandis que quelques R.O.V descendent sur le fond pour vérifier l’exactitude du déroulé. Plus à l’ouest, la température tombe au fur et à mesure que nous nous rapprochons des côtes canadiennes. Les nombreuses bouées immergées donnent un relevé constant des températures de l’eau, et les « gliders » océanographiques parcourent l’atlantique nord en enregistrant d’innombrables données qui seront transmises aux satellites qui les survolent afin d’être relayées sur un centre de traitement de données situé sur les côtes canadiennes. Savez-vous que ces milliards d’informations accumulées nous permettent de prévoir, de calculer les modèles météo, les courants, les évolutions des modèles physiques. Un monde essentiel à nos sociétés technologiques mais tellement transparent que l’on finit par en ignorer son existence.

Cap Nord-ouest. En chemin nous croisons nombre de chalutiers modernes affrétés par le Québec et financés par la Norvège (source DNB Bank) . Des bijoux de technologie, qui permettent d’assurer une pêche durable respectueuse des normes internationales. Ici les quotas et les droits de pêche sont suivi de près. La promiscuité de Saint Pierre et Miquelon, territoire Français avec sa zone économique exclusive, a souvent été le fait de questions et embarras administratifs. Tout semble aplani maintenant.

Nous arrivons en vue des îles de la Madeleine, sanctuaire écologique, planté là à l’embouchure du grand Saint Laurent. Depuis quelques années l’aquaculture durable est devenue une activité rentable en pleine croissance. On cultive les moules sur des palangres flottantes à côté d’algues laminaires dont les biomolécules une fois extraites feront le succès des biotechnologies marines québécoises. Sous ces cultures dites multi trophiques sont élevés des homards qui se nourrissent des moules tombées sur le fond. Ces homards, que vous dégusterez dans les restaurants de Gaspésie ou du bas saint Laurent, vont faire vibrer vos papilles tandis que les défuntes carapaces partiront en traitement pour fournir la chitine entrant dans la constitution des médicaments indispensables au traitement de votre arthrose, participant à la fabrication de cosmétiques innovants ou de médicaments avancés pour le traitement des cancers. C’est aussi aux îles de la Madeleine que le gouvernement Québécois envisage d’implanter son centre sur la sécurité maritime. Véritable avant-poste gérant le trafic montant et descendant, les îles permettront une meilleure surveillance notamment avec l’ouverture imminente du passage du nord-ouest. Que d’emplois supplémentaires découlant de cette économie maritime.

Notre cargo s’est engagé dans l’estuaire et conformément à la réglementation fédérale canadienne, un pilote certifié va prendre en charge le navire jusqu’à Montréal. La navigation est complexe. Entre les mammifères venant se nourrir avant les longues migrations hivernales, entre le trafic des traversiers, de la pêche artisanale, les loisirs nautiques, il convient d’être très prudent. Nous remontons le saint Laurent, passant au large de Rimouski le centre stratégique de la croissance bleue au Québec. Une université bleue ancrée à Rimouski a salué le passage de notre container. L’institut maritime forme les nouvelles générations de pilotes, de capitaines, et tout le personnel de navigation. Non loin d’eux le CRBM abrite des chercheurs venus du monde entier, travaillant sur les projets innovants qui vont faire de ces produits et ingrédients marins des produits de notre quotidien. Merinov, pêches et océans Canada, l’OGSL sont autant d’institutions clé regroupées avec de nombreuses autres au sein du cluster Technopole Maritime du Québec, courroie de transmission économique.

Nous quittons le bas saint Laurent et arrivons en vue de la superbe ville de Québec, siège du gouvernement de Philippe Couillard, initiateur de la stratégie maritime. Objectif : faire de cette économie maritime et marine le devenir de la province. Et il a raison d’y croire car de ce côté de l’atlantique, on a compris tout ce que la mer pouvait amener en termes de développement, création d’emploi et innovation. Jean D’amour, ministre délégué, ne pleure pas ses efforts et arpente le terrain pour valoriser cette stratégie maritime auprès des acteurs du quotidien : il sait que sans l’adhésion du public, la stratégie maritime peinera pour atteindre ses objectifs.

Alors que notre container est déchargé, vous vous demandez à quoi votre nouvelle vie ressemblera ? Un nouveau départ au service de l’économie bleue. Et là mesurez-vous ce que cette économie peut vraiment apporter à un pays comme la France ?

Si vous aussi vous souhaitez devenir un acteur de l’économie bleue rejoignez-nous.

Pierre Erwes
Chairman BioMarine Convention
Pierre.erwes@biomarine.org