8th BioMarine International Business Convention
1-3 oct 2017, Rimouski Qc, Canada View Location

Feb 23

Mes propositions…..

Cher Monsieur Cheminade,

Tout d’abord merci de m’avoir communiqué vos mesures phares pour le développement de l’économie maritime. La Mer, bien qu’elle soit devenue la nouvelle source d’inspiration politique, ne peut malheureusement pas se résumer à ces simples mesures parfois contradictoires. La France possède des atouts exceptionnels de par son territoire marin mais le rationnel économique ne nous permet pas d’envisager de façon simple l’utilisation commerciale de toutes ces ressources et c’est tant mieux.

Il convient aussi de distinguer l’ambition politique et la dimension économique. Certes, nous devons parler d’investissement pour le futur mais tout cela doit être abordé sous un angle pragmatique en évitant tout de faire croire aux citoyens que la politique maritime restera hors d’atteinte pour chacun d’entre d’eux.

A la lecture de vos 7 mesures phares je souhaite proposer les pistes suivantes :
1. Etape majeure : Information du public européen, sur les opportunités de la croissance bleue. Quelles sont les filaires, les jobs, les demandes, les formations universitaires ou professionnelles. Comment entamer une reconversion professionnelle qui permette de se positionner sur cette économie bleue.
2. Accentuer les coopérations européennes (coordonnées par la DG Mare et la DGRI)
3. Profiter du CETA pour établir une vraie coopération avec le Canada et le Québec qui a lancé sa stratégie maritime avec grand succès.
4. Faciliter l’accès aux fonds de la BEI pour les PME françaises et européennes qui développent des activités, produits ou services autour de la croissance bleue. Guichet Unique et réponse en moins de 3 semaines.
5. Favoriser la recherche appliquée dans nos secteurs bleus, et coordonner les grands projets au niveau européen pour devenir compétitif vis-à-vis des zones Amériques et Asie.
6. Création ou établissement de 7 centres européens d’excellence suivant le modèle Irlandais ou Norvégiens. La concentration en grappe permettra une meilleure spécialisation, de plus grands échanges entre les centres européens, un taux d’essaimage des projets vers de la création d’entreprise et un accès au financement privé plus conséquent.
7. La pêche du futur est déjà une réalité et nous pourrions rattraper notre retard dans ce domaine en allant chercher l’expertise là où elle a été développée : Norvège
8. L’aquaculture et surtout l’algoculture. En 2050, 50% de la protéine mondiale produite viendra de l’aquaculture (poissons et algues). Le frein à son développement est réglementaire. La filaire multi trophique est en plein essor partout dans le monde et surtout en Asie, mais l’image détestable qui colle encore à l’aquaculture persiste toujours en France.
9. L’utilisation des coproduits. Nous sommes entrés dans l’ère de la bioéconomie, et l’économie bleue est souvent verte. Il convient de développer de façon considérable ces bioraffineries de troisième génération qui permettront au pays de produire à partir des résidus de pêche, de l’agriculture et de la forêt des biomolécules à haute valeur ajoutée. Ces biomolécules, enzymes et bactéries seront les catalyseurs de la future révolution du bioplastique dont 25% seront issus des pâtes d’algues. Oubliez le 7eme continent, nos amis américains sont déjà en train de tester des solutions de collecte afin de ramasser et recycler ce plastic nocif. C’est un enjeux financier et environemental.
10. L’extraction minière, est un aussi un enjeu stratégique. Les solutions techniques se dessinent, les expériences en nouvelle Zélande ont mis le doigt sur la réalité technique mais le vide juridique qui entoure l’exploitation en zone internationale laisse pantois.
11. Le transport maritime est en perpétuelle adaptation. Par essence il est mondial, et responsable. Il doit prendre en considération les contraintes environnementales, les améliorations techniques qui lui permettront d’optimiser ses couts et son développement. Un grenelle pour quoi ? cette réflexion est européenne et ne doit pas être cantonnée à l’hexagone.
12. Les colonies océaniques : de nombreux projets sérieux basés sur des coopérations industrielles, financières, scientifiques multinationales sont déjà en cours. Les 57 milliards d’investissement nécessaires ne seront pas dans le budget de la France ni dans celui de l’Europe. Nous sommes typiquement dans une vision globale incluant le montage de consortium multi pays qui préparent les grands défis futurs de l’humanité.
13. Quant aux EMR , je pense que l’éolien Offshore a déjà fait ses preuves dans les pays nordiques. Bien que la configuration des côtes françaises soit différente nous nous heurtons à un énorme problème réglementaire et au grand public qui n’a toujours pas intégré la dimension de cette filaire. Nous pourrions aussi comme au Japon développer le stockage de l’électricité sous forme de H2, produite et stockée en mer puis utilisée dans les piles à hydrogène domestiques (voiture et maisons). Quant à la filaire nucléaire, je doute que la société actuelle soit prête à en assumer le risque. Cela me semble par contre une idée intéressante à mettre en place dans le cadre de zone insulaire autonomes mais suffisamment peuplées.

Je serai très heureux de pouvoir échanger avec vos conseillers sur le sujet qui m’anime depuis de nombreuses années. Ma vision est européenne et globale et je ne pense pas que la France seule puisse avoir les moyens financiers pour répondre à tous ces enjeux. La croissance bleue est faite de coopération transnationale et les 5 millions de jobs que nous pouvons créer en Europe seront accessibles à nos jeunes générations d’où quelles viennent.

Bien cordialement

Pierre Erwes
BioMarine International Clusters Association